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Rossini, La Cenerentola Turin

Quand des sonorités sont nasales, quand les notes périlleuses sont émises à l’arraché, d’autres prudemment transposées, quand l’agilité s’essouffle, quand le chant syllabique s’escamote, quand la voix est grossie pour faire un effet, doit-on approuver ? Mais faut-il se satisfaire d’entendre chanter Rossini sans éprouver l’ivresse que donnerait l’illusion de la facilité, partie intégrante du bel canto ? Rossini lâche la bride à son ironie pour camper au bout de sa plume des personnages dont certains sont des marionnettes, Angelina exceptée.

Rossini, La Cenerentola (cast B) – Toulouse

Cette architecture, Alberto Zedda la voyait comme un des témoignages les plus indiscutables du génie du compositeur qui,  a  25 ans, maîtrise magistralement les tempi, les suspendant  ou les accélérant selon les https://pastebin.com/u/hazcasino situations, avec une économie de moyens qui ébahit tant elle produit d’effets sur l’auditeur. Leur duo, faut-il le redire, est d’une drôlerie totalement séduisante. Si nous avons manqué son premier air, où sans s’en rendre compte le personnage expose sa balourdise satisfaite, celui du deuxième acte comble parce que la diction est parfaite, le chant syllabé est d’une clarté impeccable, la rapidité labiale intacte et la composition scénique toujours aussi impressionnante, d’une expressivité efficace qui évite les surcharges. La voix sonne bien, sans excès de puissance, mais est-elle la basse noble que nous aimons ? Ni déhanchements ni désordre, mais un mouvement collectif comme on pourrait en voir dans une revue qui s’accorde à la situation, une belle contribution au spectacle.

Le Tableau Périodique Des Éléments

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Spectacles

Privé de la scène d’exposition qui révèle la vanité et la mesquinerie des personnages, on peut néanmoins affirmer que ces deux artistes, dotées de voix qui courent bien dans l’espace et à l’étendue suffisante pour leur rôle, ont un tempérament scénique certain, et l’ovation qu’elles ont reçue aux saluts en témoigne. La distribution, qui réunit une belle brochette de jeunes talents, est légitimement dominée par Beth Taylor dans le rôle-titre ; sa voix de mezzo particulièrement chaude et vibrante, parfaitement timbrée, très agile dans les vocalises, parvient à se faire entendre entre toutes les autres sans forcer le volume à force de clarté dans la diction. Cette proximité est largement soulignée par le travail de mise en place extrêmement précis réalisé par le jeune chef Giulio Cilona, lauréat en 2022 du concours de direction d’opéra de Liège. Les mouvements des personnages sont peu travaillés, la plupart des airs sont chantés immobiles face au public, ce qui facilite le travail du chef d’orchestre, certes, mais n’est guère propice à la fluidité scénique du spectacle. On a le plaisir de retrouver Patrick Kabongo dans ce rôle dont il ne fait qu’une bouchée délicieuse à savourer pour les auditeurs, avec la retenue et les élans qui rendent le personnage touchant, et l’agilité et l’extension vocale qui donnent cette impression de facilité consubstantielle des exigences rossiniennes.

  • Mais il y a tout de même dans ce spectacle quelque chose qui ne prend pas, qui empêche qu’on entre complètement dans le scénario et fait qu’on en observe les ficelles plutôt que d’y adhérer sans réserve.
  • Tant à l’orchestre que sur le plateau, les ensembles sont réglés au cordeau, l’écriture tellement délicate de Rossini, tout en contrastes et virtuosité vocale, est parfaitement rendue.
  • On soulignera l’excellente prestation de Alessio Arduini dans le rôle de Dandini, virtuose, très musical et fort attachant dans son jeu de scène.
  • La tenue de joueur de polo endossée par le prince et sa suite ne sied pas à tous, et d’abord au prince lui-même.

« Je Me Sens Encore Davantage Dessinatrice Que Scénariste »

Dans les commentaires qui accompagnent l’édition critique de La Cenerentola établie par ses soins, Alberto Zedda éclaire l’importance de l’œuvre dans la production de Rossini. Pas de chance ce soir-là pour Philippe Estèphe qui n’a pu proposer qu’un acte en Dandini, la voix lui ayant fait défaut pour le second, ce qui nous a valu une réapparition de Florian Sempey.Orchestre toujours irréprochable sous la conduite d’un Michele Spotti décidément très inspiré dans ce répertoire. Michele Angelini est Don Ramiro à la voix étroite dans les aigus mais solide dans le milieu de la gamme. Elle gère bien la longue partition du rôle-titre en évitant de s’aventurer sur des chemins risqués, préférant une conduite prudente, ce qui lui permet d’aborder le « Non più mesta accanto » final avec les réserves nécessaires. Les deux voix se complètent bien, insufflant ce qu’il faut d’acide et de fiel tout au long de l’ouvrage.

Aucune réserve, en revanche, pour la direction d’Edmon Colomer, à elle seule un vrai motif de satisfaction. Convaincante, Jose Maria Lo Monaco tarde à le devenir tant la voix semble d’abord petite et la projection modeste ; mais peu à peu elle se réchauffe et, bien que ni le timbre ni l’agilité ne nous captivent, elle séduit par sa probité et sa musicalité car elle ne cherche ni à enfler ni à noircir sa voix, et mène à bien l’épineux finale, où la virtuosité est l’expression même de la vertu triomphante. On pourra objecter que les nombreux rappels à la fin du spectacle sont un démenti à nos impressions.

Outre qu’on peut en douter, leur spectacle n’en fait pas la démonstration. De nos jours, aux nombre de ceux-ci s’est ajouté le metteur en scène. Son inventivité se donne libre cours, sans autres limites que celles des interprètes.

Tel n’est le cas de La Cenerentola mise en scène par Guillaume Gallienne. Sur le plateau, les jeunes chanteurs s’en donnent à cœur joie, fiers de participer à cette transmission nécessaire aux plus jeunes. Les décors et costumes chatoyants, robes rose bonbon, jaune poussin, caleçons longs et chaussettes dans la même gamme chromatique soulignaient, avec quelques gags bien nourris, la dimension pétillante de l’œuvre que la direction d’Alphonse Cemin faisait ressortir à chaque accord.

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Son partenaire qui icifait effet de vieux galant plutôt que de jeune monarque semble avoirperdu lart de bien doser sa voix mixte. De l’autre, il interroge sur la transmission, le silence et la manière dont les survivants ont tenté de reconstruire une existence après l’indicible.Le ton semble privilégier la sobriété plutôt que la démonstration, laissant toute la place à la force du témoignage. À travers quatre cahiers rédigés au sortir de la guerre, l’ouvrage donne aussi une place importante à Roger, le fils d’Alter, qui découvre tardivement ce que son père a traversé. Sans réelle mise en contexte, mais heureusement avec un glossaire, le jeune lecteur retiendra sûrement deux-trois informations, guère plus.

Reprise en 2024 sur la scène du Maggio Musicale et confiée à des professionnels chevronnés, la mise en scène de Manu Lalli a prouvé qu’elle fonctionne et elle recueille à Turin un succès très vif. Oui, la frustration de n’avoir pas pu savourer le déploiement de l’œuvre dans sa trajectoire complète, mais la satisfaction de découvrir le spectacle, et, sans plus penser aux beautés perdues, se disposer à jouir de celles à venir. Ayant choisi malgré tout d’aller au Teatro Regio, installé par les soins du service de presse dans une loge centrale au troisième étage, nous avons pris le spectacle en marche, à la fin de la scène 7 du premier acte, au moment où Alidoro révèle à Angelina que le bruit extérieur est celui du carrosse qu’il met à sa disposition pour qu’elle aille au bal du Prince.

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Il est le substitut, dans le subterfuge destiné à permettre au prince de s’informer sur la vertueuse personne qui, selon Alidoro, vit dans cette maison, de Don Ramiro. Le rôle est codifié et d’un interprète à l’autre on retrouve la même gamme de mimiques ou de grimaces, l’important étant qu’elles tombent à pic, et c’est le cas. Les affubler d’une perruque blonde pour paraître au bal du prince est une bonne idée, qui explicite leurs modèles et trahit leur fausseté.

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